Jacqueline Assaël, «Mettre en oeuvre la foi, selon l’Épître de Jacques», Vol. 90 (2009) 506-529
In the Letter of James the faithful are called upon to become “poets of the lovgou”, that is to say to pass from just hearing the divine word to putting it into action. But this expression does not insist upon the need to make the faith concretely real. It enters into relation with a vocabulary that evokes the energy which must inspire both the words and the actions or the contemplation of human beings and it above all alludes metaphorically, by reference to Greek literary art, to the aesthetic, in fact spiritual, dimension that Christian conduct must take on in order truly to realize itself as such.
508 Jacqueline Assaël
comment faire pour que l’écoute aboutisse à une mise en pratique?
Comment passer du dire prophétique à l’acte pieux qui lui correspond?
Deux auteurs du Nouveau Testament, Paul et Jacques, abordent
ensuite le sujet de manière significative, avec l’intention manifeste de
montrer qu’il est possible d’apporter une réponse à l’aporie signalée
par Ézéchiel (5). Dans l’Épître aux Romains, Paul privilégie la
spontanéité de la nature humaine, lorsqu’elle porte l’être vers le bien, et
il disqualifie la Loi, concept de référence de la théologie juive (cf.
particulièrement Rm 2,13-15) (6). Ainsi, de son point de vue, lorsque
les hommes entendent la parole divine, leurs qualités intrinsèques
peuvent suffire pour les conduire vers l’obéissance, sans qu’il soit
nécessaire d’établir un code moral ou des règles religieuses. L’apôtre
se situe alors dans les cadres de la pensée grecque, qui a toujours
opposé systématiquement les deux notions novmo" (loi) et fuvsi" (nature)
dans tous les débats philosophiques et, dans cette circonstance, il ne
développe donc pas un raisonnement spécifiquement chrétien (7).
De toute évidence, les auteurs néotestamentaires découvrent avec
bonheur le parti qu’ils peuvent tirer des diverses connotations du mot
poihth". En effet, désormais, grâce à la polysémie du vocabulaire grec,
v
les “poètes de la Loiâ€, c’est-à -dire, à l’origine, ceux qui la “mettent en
pratique†apparaissent aussi comme ses chantres enthousiastes, mus
par l’élan d’un art sublime. Paul ne s’appesantit guère sur cette idée,
néanmoins il crée un réseau sémantique dans lequel les termes se
rapportant à la loi naturelle l’évoquent, à travers quelques métaphores
discrètes, comme une expression aux vertus inspirantes. Ainsi, au
verset 15, la “démonstration†que les justes produisent de leur qualité
s’effectue comme la performance d’un spectacle poétique, d’après
l’emploi du verbe ejndeivknuntai. Quant au mot e[rgon, il devient
ambivalent, désignant la loi inspirée qui les anime à la fois comme une
“œuvre†littéraire et comme sa propre efficience. Toutefois, à travers
l’occurrence du terme graptovn, l’instinct de justice est représenté
comme la source d’un texte intériorisé, gravé dans le cœur des
humains, creuset dans lequel fusionnent l’âme et l’esprit, tandis que les
(5) La question affleure aussi très brièvement dans Mt 7,26 et, avec un écho
plus lointain, dans 1 Jn 3,18.
(6) Pour plus de précision sur cette question, cf. J.-N. ALETTI, Israël et la Loi
dans la Lettre aux Romains (LD 173; Paris 1998) 55-60.
(7) Cf. F. HEINIMANN, Nomos und Physis. Herkunft und Bedeutung einer
Antithese im Griechischen Denken des 5. Jahrhunderts (SBA 1; Darmstadt 1972).
Sur l’aspect “rhétorique†de l’argumentation paulinienne, cf. ALETTI, “Romains
1–3: Quelle fonction? …â€, 475-498.